« C’est quoi apprendre ? »

« C’est quoi apprendre ? »

Mon amie et binôme au travail, Mélanie, m’a tout récemment partagé un post Facebook de La Dépêche du 24 mars 2020 en me disant que : « Tout tourne dans la vie ! »

« Vous pratiquiez déjà l’école à la maison avant la crise liée à l’épidémie du coronavirus et la fermeture des établissements scolaires ? Peut-être avez-vous de bons conseils à donner aux parents confrontés à cette nouvelle situation ? Nous centralisons vos témoignages, contactez-nous en message privé ou bien par mail : redaction09@ladepeche.fr. »

J’ai en effet été très surprise de cette petite et momentanée « reconnaissance positive » envers les familles qui pratiquent l’école à la maison ! Décidemment les effets collatéraux inattendus du coronavirus n’ont pas fini de nous surprendre ! C’est le monde à l’envers !

Certains de mes enfants ont fait « l’école à la maison », ce choix de vie a pu parfois être difficile à assumer tant la vision et les idées qui circulent sur l’instruction à domicile, sur le homeschooling sont très souvent négatives et tant les raisons de faire ce choix sont très largement méconnues. 

Je ne vais pas ici répondre à ce message de La dépêche pour donner de « bons » conseils aux parents car je n’en ai pas, j’ai souvent choisi (mais pas toujours) lors des périodes d’école à la maison de laisser mes enfants apprendre par eux même, ce qui les intéressaient. 

J’ai simplement envie de partager à travers cet article sur ce qu’est APPRENDRE, qui est pour moi un acte profondément touchant, émouvant parce que vivant surtout quand on le vit soi-même ou quand on a la chance de le voir s’opérer chez les autres, dans ce cas pour moi, lorsque mes enfants étaient non scolarisés. 

Je ne milite pas non plus pour l’instruction à domicile, le unschooling, les apprentissages autonomes etc car je suis convaincue aujourd’hui que la diversité des propositions d’apprentissages devraient être la règle car chaque individu, personne, enfant ne ressemble à aucun autre et a sa propre interaction avec le monde en fonction de sa génétique et de son environnement. 

Apprendre est une activité de l’être humain la plus ordinaire et la plus extraordinaire qui soit ! 

Apprendre Est Inné, Naturel, ce serait même un besoin fondamental de notre espèce pour la vie et/ou la survie. A la naissance, le cerveau de l’être humain dispose de 100 milliards de neurones prêts à se connecter !Et les connexions entre les neurones peuvent s’établir jusqu’à un million par seconde ! Apprendre est donc inévitable, inéluctable, l’être humain ne peux pas, ne pas apprendre (1). Et ce tout au long de la vie car le cerveau réalise déjà des apprentissages in utero et garde intacte la plasticité cérébrale jusqu’à au moins l’âge de 100 ans même si elle se réduit ! 

Apprendre serait une compétence biologique vitale qui est au fondement de l’adaptabilité humaine, qui nous est vitale pour évoluer dans notre environnement, qui nous permet de survivre à une très grande variété de conditions extérieures hostiles. Si peu de comportements humains sont instinctifs, la compétence « apprendre » le serait. (2)

 Les enfants naissent avec une ouverture d’esprit incroyable avec un cerveau qui met à disposition d’innombrables connexions parce que justement il n’y a aucun programme génétique qui puisse savoir à l’avance comment un cerveau humain sera utilisé. Parce que les programmes génétiques ne peuvent pas savoir si tel enfant va venir au monde au Moyen-Age, les programmes génétiques étaient alors les mêmes ou si l’enfant va naître, il y a cent mille ans quand les programmes génétiques étaient aussi les mêmes ou si cet enfant va naître de nos jours ! Qui plus est esquimau au cercle polaire, ou indien d’Amazonie au Brésil, ou encore chinois en Chine… Tout cela les programmes génétiques ne le savent pas et c’est pour cela qu’ils nous équipent – c’est une découverte évolutionniste majeure – d’un cerveau avec lequel tout peut se faire ! » Trop oui, trop de cellules nerveuses au début ! Vous en avez possédé tous un tiers de plus dans votre cerveau qu’il ne vous en reste aujourd’hui (le fameux élagage neuronal). C’était avant la naissance, à l’époque les programmes génétiques avaient fait une surestimation de ce qu’il faut à un bon cerveau humain. Nous sommes donc envoyés dans le monde avec du suplus. De même pour les connexions neuronales, beaucoup, beaucoup trop au début elles sont simplement mises à disposition pour apprendre et nous adapter et ainsi croître et évoluer. (3)

Prof. Dr. Gérald HÜTHER

Par l’observation l’imitation et l’expérimentation le petit d’Homme apprend, pour comprendre le monde qui l’entoure. Et c’est cela qui est extraordinaire et en même temps si ordinaire !

Photo by Karl Fredrickson on Unsplash

Un exemple saisissant pour illustrer ce point, est le développement du langage chez le tout-petit ! En seulement trois ans, l’enfant passe simplement des vocalises à la production honorables de phrases complètes ! Et ceci sans apprentissage scolaire, sans apprentissage organisé, forcé, vous êtes vous déjà dit que vous alliez apprendre à parler à votre enfant ? Vous avez considéré cela comme normal et ordinaire mais pour autant le résultat est extraordinaire !

Il est intéressant de savoir par exemple :

  • que les futurs nourrissons avec un système auditif fonctionnel dès le 5ème mois de gestation sont sensibles aux langues parlées dans leur environnement avant leur venue au monde,
  • qu’avant 6 mois les bébés peuvent discriminer tous les contrastes phonétiques que l’on trouve dans les langues aussi bien ceux de la langue maternelle que ceux d’une langue étrangère
  • qu’à 7 mois environ les bébés commencent à produire des sons qui ont déjà la sonorité de leur langue maternelle et qu’ils commencent à reconnaître cette langue lorsqu’ils l’entendent et hélas au fur et à mesure qu’ils se spécialisent pour leur langue, ils deviennent moins sensibles aux sons des langues étrangères !
  • qu’à 12 mois l’enfant étant capable d’associer plusieurs syllabes, il parvient à dire des petits mots sensés, et va enrichir son langage d’une cinquantaine de mots  en six à huit mois.
  • Qu’entre ses 20 et 30 mois l’enfant passe la période la plus spectaculaire de son développement verbal en apprenant environ un nouveau mot par jour et qu’il s’essaie à l’assemblage de ces mots car la production de mots isolés ne lui suffisent plus à s’exprimer
  • que l’enfant de trois ans possède un vocabulaire composé d’environ cinq cents mots ! (4)

Et cela a été la même chose pour apprendre à marcher, vous êtes-vous dit à moment donné que vous alliez apprendre à marcher à votre enfant !?

Les enfants viennent au monde brûlant d’apprendre et génétiquement programmés avec des capacités extraordinaires en matière d’apprentissage. Ils sont de petites machines à apprendre. Dans les quatre premières années ou à peu près, ils absorbent une quantité incommensurable d’informations et de compétences sans aucune instruction. Ils apprennent à marcher, courir, sauter et grimper. Ils apprennent à comprendre et à parler la langue de la culture dans laquelle ils sont nés, et avec cela ils apprennent à affirmer leur volonté, argumenter, s’amuser, agacer, se lier d’amitié, et poser des questions. Ils acquièrent une quantité incroyable de connaissances sur le monde physique et social qui les entoure. Tout cela est motivé par leurs instincts intérieurs et urgences, leur espièglerie et curiosité innés. La nature n’éteint pas cet énorme désir et cette capacité d’apprendre lorsque les enfants atteignent cinq ou six ans. (5)

Peter Gray

Oui, les enfants veulent apprendre, mais de la même manière qu’ils veulent respirer. Apprendre, pas plus que respirer, n’est un acte volontaire pour les jeunes enfants. Ils ne pensent pas : « Maintenant, je vais apprendre ceci ou cela. » C’est dans leur nature de chercher autour d’eux, d’embrasser le monde avec leurs sens et de lui donner du sens, sans savoir pour autant comment ils le font, ni même qu’ils le font. L’une des plus grandes erreurs que nous commettons avec les enfants est de les rendre conscients de leurs apprentissages, car ils commencent alors à se demander : « Est-ce-que je suis en train d’apprendre ou pas ? » La vérité est que toute personne qui vit réellement, qui s’expose à la vie et qui va à sa rencontre avec énergie et enthousiasme, est en même temps en train d’apprendre. Ce sont les inquiétudes au sujet des apprentissages qui éteignent les apprentissages des enfants. (6) 

John Holt

Apprendre Est Donc Un Miracle Permanent à La Fois Universel Et Individuel ! 

Tout le monde apprend (à tout âge, en tout lieu) mais chacun construit ses propres réseaux neuronaux, son propre et unique cerveau qui est sensible à tout apprentissage… Chaque individu se développe et apprend en interaction continue entre ses facteurs génétiques et environnementaux autrement dit entre sa nature et sa culture. Mais de récentes études révèlent qu’il n’est pas aussi facile de distinguer ce qui tient des gènes ou de l’environnement et à quel point les interactions entre nature et culture sont complexes et imprévisibles et que donc la diversité́ et la variabilité́ sont la règle du développement humain. (7)

Mon propos est donc qu’en cette période de confinement où de nombreux parents se trouvent confrontés à assurer le suivi des cours scolaires de leurs enfants ou adolescents que ces derniers apprennent chaque jour de tout ce qu’ils vivent avec vous au quotidien et pas seulement des cours scolaires car un enfant et par extension un individu « apprend » de lui-même, par élan interne, naturellement, tout le temps.  Et que les parents apprennent aussi ! 

Qu’il est important de bien distinguer apprendre et enseigner. Ce sont deux actes bien distincts car je peux être enseigné et ne pas apprendre et au contraire je peux apprendre sans être enseigné. (1) 

Que ces cours scolaires seront plus ou moins assimilés et appris car chaque individu apprend différemment avec sa manière propre d’interagir avec le monde, l’extérieur et donc ici la demande scolaire et que cette diversité d’apprentissage ne doit pas être considéré comme une réussite ou un échec et ne préfigure en rien sur l’avenir de vos progénitures ! D’ailleurs s’il existait une façon unique et bonne d’apprendre tant le processus d’apprendre est individuel, John Hattie n’aurait pas  analysé plus de 50 000 études portant sur les méthodes pédagogiques pour trouver quelle serait la pédagogie idéale et Google  ne donnerait pas  33 300 000 résultats pour méthodes+pédagogiques ! (8) 

J’ai envie de terminer cet article en vous laissant à cet extrait du film « Etre et devenir » qui illustre toute la magie du vivant qui s’opère dans l’acte si naturel d’apprendre !

Libres d’apprendre (extraits de Être et devenir) 8 :27 min https://www.youtube.com/watch?v=s8-CMZwrChM&feature=youtu.be

http://www.etreetdevenir.com/EED.fr.html#Photos

D’autres articles viendront après celui-ci dont un qui traitera du plaisir d’apprendre car il semble très difficile d’apprendre si on n’éprouve pas de plaisir ou de sens à le faire ! Et je parie fort que c’est peut-être à cette plus grosse difficulté que les parents se heurtent en accompagnant leurs enfants en ce moment ! Comment inciter les enfants à apprendre des choses qui ne les intéressent pas !?

Sources citées :

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