Pourquoi je m’extasie devant les rides de mon amoureux et pas les miennes ?

Pourquoi je m’extasie devant les rides de mon amoureux et pas les miennes ?

J’ai 52 ans, 1 mois et 6 jours, le passage à la cinquantaine chez moi ne s’est pas fait et ne se déroule pas en toute quiétude et harmonie ! J’ai déjà relaté les effets sournois en moi de ce délicat passage dans mon article « Age Positive » http://untoutautreregard.fr/50-ans-age-positive/

Mais pourquoi donc ai-je si peur de vieillir ?

Quelle représentation ai-je d’une vieille femme, d’une femme âgée… ? 

En toute franchise, quand je cafarde, quand je ne produis pas assez de dopamine, j’aurai tendance à penser qu’une femme âgée est « out », ne séduit plus car elle grossit, ramollit et se plisse, n’est pas en bonne santé, est reléguée car plus capable de travailler, n’a donc pas de travail et a du mal à en trouver, s’ennuie ou fait des choses qui semblent intéressantes pour combler un vide, pour fuir l’ennui mais surtout pas par envie, plaisir ou passion, subit la solitude ou garde ses petits-enfants  bien souvent par obligation et non pas par choix, éventuellement tricote et pour finir n’a plus d’activité sexuelle !

Mais pourquoi cette vision très raccourcie et négative (que je nous pense nombreuses à partager) ? Quels modèles de femmes ai-je eu dans ma famille ? Quel modèle de femme, vais-je transmettre à mes deux filles et mes deux garçons ? Quel modèle de femme est véhiculé aujourd’hui dans notre société ? Y a-t-il besoin d’un modèle ? Pouvons-nous, nous les femmes nous détacher d’un modèle établi, admis ? 

Évidemment depuis que j’ai passé les 50 ans, barre fatidique pour moi, je cherche et je lis beaucoup de choses sur ce sujet et voici ce que j’ai découvert : 

Dessin de Léa Mignonat

Des chiffres (parlants)

En France, 9 millions de femmes ont entre 45 et 65 ans et une femme majeure sur deux a plus de 50 ans ! (https://www.jaipiscineavecsimone.com)

Les femmes de plus de 60 ans seraient 500 millions en 2020, repré­sentant 15 % de la population mondiale, mais 29 % dans l’Union européenne, 25 % aux Etats-Unis et 38 % au Japon (https://www.jaipiscineavecsimone.com)

Les 50-64 ans, représentent 13 millions de personnes (INSEE)

40% des femmes dans le monde ont plus de 50 ans, mais seulement 15% de cette même cible est représentée dans les médias (Julien Calot, Executive Creative Director chez McCann Beauty L’Oréal Paris à la Réclame.)

Au quatrième trimestre 2018, 757.000 femmes de plus de 50 ans étaient demandeuses d’emploi (avec ou sans activité) contre 673.000 hommes. Un chiffre en hausse de 0,4% par rapport au trimestre précédent, alors qu’il baisse dans les autres catégories d’âge ». (Challenges, février 2019).

En septembre de 2019 les femmes de plus de 50 ans représentent un quart des demandeuses d’emploi (819 170). (https://www.jaipiscineavecsimone.com)

Les notions d’âgisme, de jeunisme et d’invisibilité !

Ma peur de vieillir, ma non-sérénité face au temps qui passe, aux rides qui se marquent… ne sont pas là par hasard !

Voici quelques extraits d’articles, des définitions, des citations, des livres, des films qui montrent que vieillir est particulièrement compliqué pour une femme. 

Dessin de Léa Mignonat

Articles du site d’information Le Temps https://www.letemps.ch

Pas de rides, pas de mou, vieillir reste toujours interdit aux femmes est assez évocateur sur ce sujet !

https://www.letemps.ch/societe/rides-mou-vieillir-reste-toujours-interdit-aux-femmes

« Durant les primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 2008 aux États-Unis, l’éditorialiste conservateur Rush Limbaugh avait lancé, en parlant d’Hillary Clinton: «Est-ce que ce pays a vraiment envie de voir une femme vieillir sous ses yeux jour après jour?» Ces propos interpellent. (…)

« En cause, notamment, le fait que la société considère qu’une femme de plus de 30 ans se doit de ressembler à une jeune fille embaumée vivante. « Les représentations de femmes qui vieillissent de manière visible restent trop rares. Plus étrange encore, des femmes dont nous savons bien qu’elles ont vieilli nous sont montrées suspendues dans une jeunesse chimérique, flirtant avec le bionique», analyse la journaliste Isabel Flower. Ces propos font écho à ceux de sa consœur Sophie Fontanel: «On nous donne une cocasse vision de la femme, une femme qui aurait changé le moins possible en vingt-cinq ans, pas de rides, pas de mou, pas de cheveux blancs, comme si changer était vraiment la chose à ne pas faire.»

En 2020 pour une femme vieillir est toujours obscène

https://www.letemps.ch/opinions/2020-une-femme-vieillir-toujours-obscene

« Vous soupirez ? Vous vous dites que c’est toujours le même refrain ? C’est sans doute parce que c’est toujours la même réalité ! Vieillir, pour une femme, relève toujours de l’obscénité. Le mot est fort, mais celles qui souffrent dans leur corps et le cachent pour ne pas déranger pourraient sans problème le revendiquer. Socialement, une femme est jeune et en bonne santé, ou elle n’est pas. »

Femmes, 50 ans ? Le nouvel âge ingrat

https://www.letemps.ch/societe/femmes-50-ans-nouvel-age-ingrat

« En effet, lorsqu’on commence à interroger des quinquagénaires ou qu’on épuise les sites qui parlent de cette grande affaire, le résultat sidère. Derrière la couche de vernis, surgit un récit étonnamment homogène qui parle d’épuisement, de situations absurdes et de sensation de gâchis. Oui, entre 50 et 55 ans, beaucoup de femmes se sentent obligées de lutter contre le poids, les rides, la fatigue due à sommeil perturbé, la fragilité émotionnelle, les sautes d’humeur, etc., pour garder l’allure et l’élan d’une quadra. Elles y laissent, disent-elles, beaucoup de plumes, sans pour autant gagner la partie. Alors, vers 55 ans, nombre de ces guerrières décident de lâcher, d’accepter. Et passent avec soulagement du statut de « jeune vieille à celui de vieille jeune ».

« Mais je suis fâchée contre cette société qui rejette les femmes dès qu’elles changent de silhouette ou deviennent ridées. Pour moi, une belle femme est une femme vivante, lumineuse, joyeuse, quel que soit son âge ! Malheureusement, les hommes et les magazines ne voient pas les choses comme ça et, dans les rangs de mes contemporaines, cette dureté de regard crée de gros dégâts. »

Bernard Andrieu sur Yann Moix : « Du porno à la pub, le modèle de la jeune fille nubile comme standard érotique »

https://www.letemps.ch/societe/bernard-andrieu-yann-moix-porno-pub-modele-jeune-fille-nubile-standard-erotique

En affirmant dans le magazine Marie-Claire sa préférence pour « le corps des femmes jeunes », parce qu’un « corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire », l’écrivain Yann Moix, 50 ans, a provoqué un tollé. Il formule pourtant une réalité : de Donald Trump à Vincent Cassel, certains hommes se tournent vers des femmes beaucoup plus jeunes quand pointe la vieillesse. Nous avons demandé au philosophe des corps Bernard Andrieu, professeur à l’Université Paris-Descartes et auteur de Rester beau (Ed. Le Murmure) ce que recouvre cette quête de l’éternelle jeunesse.

Mais lui, à quoi ressemble son corps de 50 ans ? Les hommes sont confrontés au même vieillissement que les femmes, mais certains veulent continuer à désirer des corps jeunes, sans tache ni vergeture, afin de ne pas remettre en cause l’illusion de leur virilité. Et les normes érotiques et pornographiques, à force de représenter toujours le même corps féminin, aboutissent à une modélisation du désir où, pour qu’il soit légitime, la femme doit rester jeune, et peu importe l’âge de l’homme. Ce que raconte Yann Moix n’est que la projection très machiste de la société.

Être une femme en 2017 ? C’est chic ! Être vieux ? Impossible !

https://www.letemps.ch/opinions/une-femme-2017-cest-chic-vieux-impossible

L’âge. Il est là, le vilain mot, aujourd’hui, 8 mars. Être une femme, c’est chic. Mais être une femme qui accepte son âge et suit sa pente naturelle, oublie. Comment accepter les rides et les affaissements en tout genre, quand des fous furieux présentent la chirurgie esthétique comme une politesse élémentaire ? Genre, si vous respectez vos proches, vos amis, vous leur présentez une façade ravalée. Si, si, on le lit. Je ne vais pas entonner le couplet de la beauté intérieure, mais je fais cette prière. Laissons nos aînés souffler. Remercions-les pour tout ce qu’ils ont fait, tout ce qu’ils ont donné. S’ils sont actifs et souhaitent bouger, c’est bien. Mais combien d’entre eux s’agitent et n’arrivent pas à lâcher parce qu’on leur fait sans cesse sentir qu’ils sont un poids pour la société ?

Vieille c’est à quelle heure? Le podcast de J’ai piscine avec Simone

« Alors que la durée de vie moyenne pour les femmes est de 85,4 ans, l’étiquette senior fait son apparition dès 45 ans dans le milieu professionnel. Un paradoxe, qui ajouté au recul de l’âge de la retraite crée une invisibilisation de toute la génération des femmes de 45 à 65 ans. Celle-là même, pour qui nous avons fondé ce média. Transparente, car rejetée sans ménagement pour cause de péremption, d’inadaptation parait-il au monde numérique » (cette blague ! Près de 2 seniors sur 3 utilisent internet). Les News de Simone N°17 https://www.jaipiscineavecsimone.com

Définitions 

L’âgisme 

L’âgisme regroupe toutes les formes de discrimination, de ségrégation, de mépris fondées sur l’âge.

Selon le Glossaire du site Stop Discrimination publié par l’Union européenne, l’âgisme est un « préjugé contre une personne ou un groupe en raison de l’âge ».

Selon l’Observatoire de l’âgisme, l’âgisme est pour l’âge ce que le sexisme est au sexe ou ce que le racisme est aux « races ». 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Âgisme

Le jeunisme

Jeunisme, on emploie le terme « jeunisme » pour désigner une préférence pour les plus jeunes fondée seulement sur l’âge, notamment pour le champ du travail et de l’emploi, certains secteurs d’activité favorisent les candidats les plus jeunes dans le but de créer une « image dynamique » phénomène notable à l’encontre des actrices au cinéma ou dans d’autres secteurs d’activité où le physique des femmes dans leur jeunesse est mis en avant en dépit des interdictions de discrimination. (Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Âgisme#cite_note-4)

Citations 

« Une femme de plus de 50 ans n’a plus le droit à un désir légitime et n’est plus désirable, notamment sur le marché du travail. »
Camille Froidevaux Metterie, philosophe, professeure de Sciences Politiques

« Pourquoi une femme devrait-elle, passé 45 ans, se retirer progressivement du monde vivant, s’arracher du corps l’épine du désir […] alors que les hommes refont leur vie, refont des enfants, refont le monde jusqu’à leur mort ».  Camille Laurens, écrivaine

Il ne sert à rien d’être jeune sans être belle ni d’être belle sans être jeune. Les hommes mûrissent, les femmes vieillissent » Camille Laurens, écrivaine

« Elles (Les femmes de 50 ans) sont invisibles ». Yann Moix, polémiste

Extraits de livres

« Les jeunes femmes de 50 ans » de Mylène Desclaux, éditions JC Lattès https://www.editions-jclattes.fr/mylene-desclaux-au-bon-marche-paris

« Tout me parait insurmontable : la solitude imposée, la paresse rampante, le poids du passé, le lit et le nid vides, la vacuité du présent et surtout l’idée que rien de physique ne peut s’arranger. Je constate que dans sa soif de « jeunisme » et de nouveautés, la société pose toujours un œil sévère sur ces âges entre-deux. » 

Quinqua et alors ? De Maria Urdiales aux éditions Chèvre-feuille étoilée https://www.editionsfemmeschevrefeuille.fr/produits/quinqua-et-alors/

« 50 ans Game ovaires ? »

« Nos échanges vont ainsi se poursuivre dans un chuchotement outré et gêné à la fois, un peu comme s’il fallait avoir honte d’évoquer son âge et les modifications en cours. Un peu comme s’il fallait pas se faire remarquer. Un peu comme si on avait peur que quelqu’un nous entende et réalise que là où il voyait deux copines en train de papoter, il y a en réalité deux femmes d’un certain âge en route vers leur tombe. Tu sais quoi ? On n’est plus baisables, me dit-elle rageuse, juste avant l’arrivée en gare. On n’est tout simplement plus baisables, c’est tout. Et ça…c’est nul. »

« J’entretenais avec le temps… Car ce que je prenais pour une belle amitié, ou du moins pour une relation pacifique et paisible, est en train de tourner à la haute trahison. Depuis quelques mois, je le prends de plus en plus en pleine gueule, mon ami le temps (…) »

« Il s’arroge désormais le droit de creuser mon visage, d’empâter mes hanches, de blanchir mes cheveux qui ne sont pas déjà ce que j’ai de mieux. Le temps mincit ma bouche mais double mon menton. Il fait de ma peau un costume ridicule, c’est stupide ! Ma peau devient trop grande, comme si je rapetissais dans mon enveloppe dermique alors qu’en réalité, le temps exige de moi qu’au contraire je grandisse. Que je m’élève au-dessus des considérations esthétiques et superficielles. Oui mais chaque jour qui passe, mon visage ressemble un peu plus au Portrait de Dorian Gray, exposé aux regards pas toujours bienveillants des mondes qui nous entourent. »

« Celle que vous croyez » Camille Laurens aux éditions Gallimard (…) http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Celle-que-vous-croyez

Tandis que moi, même quand tu seras moche, ridée, flasque, je serai là, et tu pourras me bénir de ne pas t’avoir lâchée. » Le narcissisme de la pitié, vous connaissez ? Et il avait trois ans de plus que moi ! Camille Laurens, écrivaine

Films

Aurore J’allais avoir 50 ans quand j’ai vu le film Aurore de Blandine Lenoir. Et là j’ai commencé à prendre conscience de mon âge, de mon statut de femme de 50 ans. J’avais beaucoup de points communs avec cette Aurore, car j’étais fraîchement séparée, pas de job, un corps qui vieillit, « de quoi me sentir bonne pour la casse » et être confrontée à « la difficulté à vivre une féminité épanouie à n’importe quel âge, dans une société où les carcans sexistes d’hier, eux, ont peu vieilli. » comme le cite Guillemette Odicino dans sa critique https://www.telerama.fr/cinema/films/aurore,515918.php https://www.jaipiscineavecsimone.com/aurore-femme-de-50-ans-a-de-lavenir/

Voilà c’est ici que je termine le partage de mes découvertes. Ces quelques données sur la cinquantaine et sur le fait de vieillir ne sont guère réjouissantes ! Mais peuvent expliquer le pourquoi de ma vision négative sur ce sujet! Ce regard dur et sévère de la femme qui vieillit, pèse sans aucun doute sur nous les femmes ! Un détachement face à cela est très certainement libérateur et nécessaire ! D’ailleurs des femmes ouvrent la voie en faisant fleurir de nombreuses initiatives très positives pour rendre visibles les femmes de 50 ans et plus, et donner d’elles une autre image ! 

Rendez-vous pour le prochain article « Pourquoi j’aime mes rides ! », pour découvrir toutes ces belles initiatives !

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